Ci-dessous deux extraits du livre "Ne vous taisez plus !"
La galanterie française dans tous ses états
Que recouvre au juste ce terme de « galanterie
française » ?
D’abord, des règles de « savoir-vivre » :
ouvrir la portière à une femme ou lui faire livrer des fleurs avant un dîner. Savoir
faire le baise-main et connaître les usages de la présentation : une femme
à un homme, sauf s’il est très âgé et/ou très connu. Pouvoir formuler un
compliment adapté à chaque situation. Est une sorte de rémanence de l’« étiquette »
instaurée par le Roi Soleil pour régler tous les moments de la vie officielle à
Versailles ? Car l’étiquette s’appliquait aussi aux relations avec les favorites
et toutes les maitresses plus ou moins officielles.
Dès le XVIIIe siècle, la France devient le pays de référence
en matière de transgression : libertinage et liberté de penser sont étroitement
associés. Diderot, Crébillon fils, Choderlos de Laclos et le marquis de Sade,
entre autres, publient, parfois anonymement, des romans libertins qui sapent l’autorité
de l’Eglise et du roi… Des œuvres telles que Manon Lescaut, Les liaisons
dangereuses ou bien encore La philosophie
dans le boudoir mettent en scène érotisme, séduction et cynisme et sont l’exemple
même d’une scandaleuse liberté. Cette remise en question de la religion comme
celle de l’autorité du roi va favoriser la Révolution de 1789.
Cet héritage littéraire, aussi riche soit-il, associé à la
tradition archaïque du « droit de cuissage » n’est, dans l’inconscient
collectif, certainement pas étranger aux pratiques abusives qui ont encore
cours dans la France du XXIe siècle… et qui sont considérées comme autant d’éléments
de notre « culture ».
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La séduction à la québécoise
Au Québec, nous n’avons pas hérité de cette conception
française de la galanterie. L’homme québécois, confronté à la dure réalité de
ce pays de défricheurs, de bâtisseurs, de coureurs des bois avait peu de goût
pour les jabots et les dentelles. Les jeux de séduction n’ont pas subit ce
poids du libertinage, disons « littéraire » ou intellectuel. Les
relations humaines se déroulent en général sur un mode plus direct, plus
spontané, à vrai dire moins théâtral. L’influence de la culture anglo-saxonne y
est aussi pour quelque chose.
Le matriarcat psychologique qui caractérise cette société où
traditionnellement les femmes étaient plus
instruites que les hommes a certainement modelé la façon de « faire la
cour ». Les femmes y sont plus actives. Elles ne craignent pas de prendre
l’initiative par des mots ou des gestes affectueux. Elles peuvent être plus
frontales alors que les femmes françaises pourraient être qualifiées de
circulaires. Ces dernières, en effet, encerclent l’homme, évitent de l’affronter
verbalement, elles minaudent et se laissent séduire. En ce sens, elles sont
plus soumises et prêtes à beaucoup plus de compromis pour ne pas briser le lien
de séduction. Mais leur comportement est aussi la conséquence du machisme
ambiant de la société dans son entier, qui s’est révélé de façon brutale et
sans réserve depuis les évènements du 14 mai à New York.
La vieille tradition de galanterie et des jeux de séduction
à pesé aussi sur les mentalités. Si la France d’aujourd’hui a tant de
difficultés à vivre concrètement la nouvelle égalité des sexes, qui implique
une intolérance à tout abus sexuel et aux divers formes douteuses de séduction
masculine dont les femmes font les frais, c’est que sa culture amoureuse, dans
certaines expressions, est en contradiction avec la modernité.
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