dimanche 23 octobre 2011

"Ne vous taisez plus !" de Denise Bombardier et Françoise Laborde


Ci-dessous deux extraits du livre "Ne vous taisez plus !"


La galanterie française dans tous ses états
Que recouvre au juste ce terme de « galanterie française » ?
D’abord, des règles de « savoir-vivre » : ouvrir la portière à une femme ou lui faire livrer des fleurs avant un dîner. Savoir faire le baise-main et connaître les usages de la présentation : une femme à un homme, sauf s’il est très âgé et/ou très connu. Pouvoir formuler un compliment adapté à chaque situation. Est une sorte de rémanence de l’« étiquette » instaurée par le Roi Soleil pour régler tous les moments de la vie officielle à Versailles ? Car l’étiquette s’appliquait aussi aux relations avec les favorites et toutes les maitresses plus ou moins officielles.
Dès le XVIIIe siècle, la France devient le pays de référence en matière de transgression : libertinage et liberté de penser sont étroitement associés. Diderot, Crébillon fils, Choderlos de Laclos et le marquis de Sade, entre autres, publient, parfois anonymement, des romans libertins qui sapent l’autorité de l’Eglise et du roi… Des œuvres telles que Manon Lescaut, Les liaisons dangereuses ou bien encore La philosophie dans le boudoir mettent en scène érotisme, séduction et cynisme et sont l’exemple même d’une scandaleuse liberté. Cette remise en question de la religion comme celle de l’autorité du roi va favoriser la Révolution de 1789.
Cet héritage littéraire, aussi riche soit-il, associé à la tradition archaïque du « droit de cuissage » n’est, dans l’inconscient collectif, certainement pas étranger aux pratiques abusives qui ont encore cours dans la France du XXIe siècle… et qui sont considérées comme autant d’éléments de notre « culture ».



La séduction à la québécoise
Au Québec, nous n’avons pas hérité de cette conception française de la galanterie. L’homme québécois, confronté à la dure réalité de ce pays de défricheurs, de bâtisseurs, de coureurs des bois avait peu de goût pour les jabots et les dentelles. Les jeux de séduction n’ont pas subit ce poids du libertinage, disons « littéraire » ou intellectuel. Les relations humaines se déroulent en général sur un mode plus direct, plus spontané, à vrai dire moins théâtral. L’influence de la culture anglo-saxonne y est aussi pour quelque chose.
Le matriarcat psychologique qui caractérise cette société où traditionnellement les femmes étaient  plus instruites que les hommes a certainement modelé la façon de « faire la cour ». Les femmes y sont plus actives. Elles ne craignent pas de prendre l’initiative par des mots ou des gestes affectueux. Elles peuvent être plus frontales alors que les femmes françaises pourraient être qualifiées de circulaires. Ces dernières, en effet, encerclent l’homme, évitent de l’affronter verbalement, elles minaudent et se laissent séduire. En ce sens, elles sont plus soumises et prêtes à beaucoup plus de compromis pour ne pas briser le lien de séduction. Mais leur comportement est aussi la conséquence du machisme ambiant de la société dans son entier, qui s’est révélé de façon brutale et sans réserve depuis les évènements du 14 mai à New York.
La vieille tradition de galanterie et des jeux de séduction à pesé aussi sur les mentalités. Si la France d’aujourd’hui a tant de difficultés à vivre concrètement la nouvelle égalité des sexes, qui implique une intolérance à tout abus sexuel et aux divers formes douteuses de séduction masculine dont les femmes font les frais, c’est que sa culture amoureuse, dans certaines expressions, est en contradiction avec la modernité.

… 


4 commentaires:

  1. Bonjour Rêveur

    Bien sûr, ces exemples de " Galanterie à la Française" a quelques chose de suranné et de décalé de nos jours.
    Il n'empêche que certains gestes de galanterie ou courtoisie ne devraient pas être soumis aux usages de telle ou telle époque.
    Si le fameux baise-main est effectivement désuet; en revanche un homme qui vous ouvre une porte ( ou simplement la retient plutôt que de vous la claquer à la figure) est d'une autre dimension que de la simple galanterie : cela relève du " savoir vivre ensemble" .. D'ailleurs, de tels comportements n'ont pas à être " sexués" : ils ont valables pour tout individu et à tout âge... Peut être est ce là l'expression hors conventions d'un minimum d'attention portée à autrui. En ces temps où l'individualisme exacerbé prédomine et s'exprime souvent par la totale indifférence quand ce n'est pas une agressivité latente, hé bien moi j'apprécie ce genre de geste: tout autant dans le reçu que dans le donné...
    Et puis, une petite lueur dans le regard, un sourire fleurissant sur des lèvres inconnues c'est un peu de douceur dans un monde brutal.
    Comme en toutes choses il faudrait savoir garder juste mesure entre obséquiosité hypocrite et respect de l'autre.

    Enfin et pour terminer cette intervention, en ce qui concerne les lieux de libertinage- aussi paradoxal que cela puisse paraître peut être- il existe un code comportemental basé sur le respect de l'autre, lequel a toute liberté décliner une invitation : le refus est accepté et respecté comme tel ... Contrairement à des lieux classiques où une femme peut se faire "peloter "sans vergogne!
    Baisers galants :-)

    Elise

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  2. Je ne suis pas d’accord avec toi Elise. Je hais la galanterie. Pourquoi devrais-je me comporter différemment quand c’est une femme ? Pour moi la galanterie c’est se comporter d’une manière intéressé : « Héhé la jolie femme … Je vais faire mon beau en lui tenant la porte ! ». Je hais de penser ça et c’est une des raisons qui fait que quand je vois une jolie fille, j’essaye de l’ignorer en ne lui montrant pas qu’elle m’intéresse. Il n’y a pas de raison que je me comporte différemment avec elle parce qu’elle est canon. Ce serait égoïste, primaire…

    Le savoir vivre ensemble ne fait pas pour moi parti de ce que j’appelle la galanterie. C’est seulement la politesse et cela s’applique envers tout le monde : femmes, homme, jeune et personnes âgées. C’est d’ailleurs ce que tu penses.

    Je vois ce que tu veux dire par « totale indifférence » et « agressivité latente ». Je reconnais que ça peut m’arriver de me comporter de la sorte. En générale je suis comme ça quand je rentre dans un magasin et que le vendeur ou la vendeuse se fait tout mielleux. Pourquoi il ou elle se comporte comme ça avec moi alors que dans la rue il aurait été indifférent ? Je ne peux m’empêcher de penser qu’un tel comportement est intéressé pour m’appâter et me vendre ses trucs.

    Les lieux de libertinage dont tu parles je ne les connais pas et je veux bien te croire qu’ils existent mais avec difficulté.
    La seule chose que je connais de mon coté ceux sont certains réseaux libidineux et je ne te dirais pas que je me sens respecté. La seule chose que je sais, que je vois, c’est que je suis un homme donc en concurrence avec énormément d’autres hommes et qu’il faut batailler durement auprès de la gente féminine pour se sentir écouté. Je suis jugé systématiquement et stocké forcément dans la case des gros lourds. A moi de faire mes preuves auprès des miss qui sont déjà excessivement sollicitées et qui ne sont pas là pour perdre du temps pour faire l’effort avec un énième candidat.

    Douceur et sans galanterie !

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  3. Bonsoir Rêveur
    Je respecte absolument ton point de vue :-)
    Toutefois, je pense que nos approches ne sont pas si divergentes qu'il y paraît de prime abord.
    La courtoisie n'est pas à mon regard entachée d'une quelconque arrière-pensée de drague. Toi tu appelles cela la politesse et tu as raison mais , pour ce qui me concerne, je préfère y voir de la courtoisie ... La politesse est quelque chose de rigide et d'uniforme à mes yeux tandis que la courtoisie est un regard plus attentionné : question de nuances vraisemblablement :-)
    Comme je le disais, cette forme d'attention portée au autrui n'a rien de sexué à mes yeux.
    Cela n'a rien de comparable au sourire "commercial" convenu .. Quand on me tient une porte je ne pense pas pour autant qu'on va me " vendre" la porte lol!
    Quant aux comportements libidineux que tu dénonces sur certains réseaux je te crois volontiers mais aborder la question de la séduction sous un angle guerrier n'est pas forcément le bon angle non ? Tu me rétorqueras que cela dépend des femmes et là aussi tu aurais raison si l'on se situe sur un véritable champ de bataille ... A moins que ce ne soir un champ de foire ou un marché.Je reste vraisemblablement une incorrigible romantique ( ou utopiste?)mais les hommes qui m'émeuvent ne sont pas ceux qui jouent les fiers à bras, bardés dans leurs (fausses) certitudes mais ceux qui osent montrer leur fragilité et leurs doutes et pour te lie depuis quelque temps, je sais que foncièrement, tu appartiens à la seconde catégorie: c'est bien l'une des raisons pour lesquelles j'ai plaisir à venir te lire et à te faire part de mes réflexions.
    Merci pour ta douceur
    Tant pis pour la galanterie .. :-)!

    Plein de baisers ... non étiquetés

    A bientôt

    Elise

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  4. Bonjour Elise,
    J’aime bien la distinction subtile que tu fais entre politesse et courtoisie, cette distinction importante entre appliquer les règles de savoir vivre et respecter l’autre dans ce qu’il est. C’est effectivement ce vers quoi il faut tendre. Merci de le souligner si habilement.
    Comme toi, j’ai aussi mon coté « utopiste ». Mon alias « Rêveur » sur ce blog et sur le net en est un peu la preuve. Je ne sais pas trop ce que je recherche clairement à travers ces échanges que je fais sur le net ou ailleurs. Je crois avant tout que je me cherche moi. C’est pour cette raison que j’ai besoin de me mettre à nu, de me raconter de la manière la plus transparente possible et d’exposer mes fragilités. Tout ça c’est avant tout pour moi que je le fais.
    Merci belle Elise
    Je t’embrasse affectueusement

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