mardi 26 juillet 2011

"L'absence d'oiseaux d'eau" d'Emmanuelle Pagano.



 Extrait choisi:
« Je sais parfaitement que tu te contentes de me suivre, je sais parfaitement que tu n’es pas fou de moi, tu le crois sans doute, je ne dis pas que tu me mens, mais tu te trompes, juste je te tiens dans mes mains et ma bouche. Je sais comment je te tiens, par les mots et par le sexe. Il n’y a pas d’autre chose pour toi. Simplement, avec toi, pour toi, je suis très forte, je sais écrire, je sais faire l’amour, je sais toucher les points sensibles, les trouver, m’y attarder. Tu m’écris que tu jouis de moi et seulement de moi, mais ça je le sais, je ne le sais que trop bien. J’ai tellement d’avance qu’un jour, quand tu seras un peu plus proche, quand tu penseras m’avoir rattrapée, ce sera trop tard, ce sera moi qui ne t’aimerai plus, ou pas assez. Il le faudra, parce que, contrairement à ce que tu crois, je n’aime pas me faire souffrir, j’aime être heureuse, j’aime quand je suis heureuse avec toi, quand tu me rends heureuse, et c’est arrivé, ne crois pas que je pleure tout le temps, c’est arrivé, peut être même que ça arrivera encore, je ne sais pas. Si je décide de ne plus t’aimer, j’y arriverai. Mais pas encore, pas déjà, s’il te plaît, pas déjà.
Je sais que je ne corresponds pas à ton idéal, tu me voudrais plus jeune et plus naïve, tu voudrais avoir des enfants. Je ne suis pas ta compagne, non, ce n’est pas vrai, et tu n’es pas là. Nos sommes ensemble, mais pas en couple. Nous sommes ensemble et séparés en permanence. Nous n’aurons jamais de vie commune, et toi tu as du mal avec ça.
Je  croyais que tu me quitterais à cause de ça, un jour ou une nuit, pour pouvoir fonder une famille. Mais ce n’est pas comme ça que notre histoire va finir. C’est moi qui te quitterai. Alors d’accord, je veux bien avoir le mauvais rôle, j’ai tellement d’avance, tellement d’avance, tu ne t’en rends même pas compte, que je me sens capable de faire n’importe quoi, je me sentirai toujours le droit, la légitimité de le faire, j’ai tellement d’avance, je t’aime tellement, que j’ai le droit de faire n’importe quoi, y compris de te quitter, et même de te quitter pour de mauvaises raisons.
Je voudrais te caresser, t’embrasser, et me laisser embrasser et serrer fort, mais je n’y arrive pas, je n’y arrive pas. »

Un livre agréable à lire. Le ressenti d’une femme sur l’amour et le sexe. J’ai apprécié certains passages, certaines descriptions charnelles. Et puis les trois actes du livre : l’expérience littéraire et l’amour naissant, la rencontre physique, érotique et gourmande et enfin la rupture et le chagrin.
Cependant j’ai lu ce livre avec mon coté masculin, à distance, sur la défensive. Comment croire, comment accepter ces paroles de femme, pétries de certitudes. Il y a longtemps, depuis mes premiers émois, j’ai cru que la vérité venait d’elles. Je l’acceptais à en avaler leur maturité. Et puis il a fallu la rupture de cette fille, avec qui j'avais une relation sentimentale quand j’étais jeune adulte, pour m’autoriser par la pensée à la violer et avec le temps considérer que personne ne sait ce qu’est la vie, l’amour. Sans aucune certitude, je ne dis pas que j’ai peur de chaque chose mais que je doute de tout. Vivre le mieux possible et ne pas oublier que l’on va mourir.


1 commentaire:

  1. La teneur des réflexions, qui sont d'ordre philosophique, et la photo qui évoque un peu le penseur, évoque le titre d'un livre "Le philosophe nu", que j'aime beaucoup. La nudité du corps, image de celle de la faiblesse que l'on ressent en soi et que l'on a la force d'exprimer, personnellement je trouve cela courageux et beau.
    L'homme sait qu'il va mourir et c'est cela qui le pousse à vivre chaque instant pour construire son d'éternité.

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