| "La maladie, la souffrance, la mort sont les conséquences de nos actes. Il n'y a personne à accuser, il est inutile de se plaindre et d'épiloguer sur ce monde, la matière, l'homme qui serait mauvais. Non! Il a été dit qu'il n'y a pas de mal, pas de péché; le mal, le péché, c'est "l'Accusateur", qui est en nous! ... Le Sauveur est à l'intérieur de ["nous"]-même, nulle part ailleurs. La source des informations qui ["nous"] permettront de comprendre ce qui ["nous"] arrive est à l'intérieur de ["nous"], personne d'autre ne peut ["nous"] dicter un comportement, une attitude, qu'il ["nous"] faudrait suivre "aveuglément". ... "Vous faites ce qui vous éloigne..." Une information importante nous est ici communiqué, et une interrogation transformatrice... Ce que nous faisons - travail, relations, mode de vie - nous rapproche-t-il de l'Être, ou au contraire nous en éloigne-t-il? Ce que nous faisons éveille-t-il en nous le Bien, un comportement où le vrai, le bon, le beau son "Un", ou au contraire vivons-nous de plus en plus dans le mensonge, l'amertume, la méchanceté, la violence, la jalousie, le dégoût, la laideur, le malpropre? ... Ce n'est pas nous qui faisons le chemin, c'est nous qui donnons l'orientation à ce chemin. Il est là notre pouvoir, celui de nous diriger, au coeur même du mal, de la maladie, et de la souffrance, vers le Bien... Le monde n'a peut être pas de sens, il nous est donné de lui en trouver un. Cela demande sans doute du courage. Cela demande surtout beaucoup d'imagination. ... A coté de l'ignorance qui serait maladie du coeur et de l'intelligence, il y a l'attachement, qui est maladie du désir, son arrêt ou son engourdissement, une fixation pathologique sur un objet dans la possession duquel le désir pense trouver son assouvissement ou son repos. L'Enseigneur parle ici d'attachement à la matière. Si par matière, on entend bien tout ce qui est composé et qui sera un jour décomposé, il ne s'agit pas alors seulement de nos mottes de terre, de nos propriétés à la campagne, de nos coffres à bijoux ou de nos comptes en banque, cela peut être aussi une personne, ou des personnes, une société ou une patrie, dès que nous en faisons un "objet" qui nous appartient. C'est en ce sens, par exemple, que Yeshoua, dans d'autres Evangiles, nous demande de ne pas regarder une femme avec convoitise, car ce n'est plus regarder une femme, mais un objet de plaisir ou de jouissance possible, en passant à côté du sujet qu'elle est, et de la relation - infiniment plus riche que celle d'une possession - qui pourrait s'établir avec elle. ... Il n'est jamais dit que la matière, les personnes et les objets sont nuisibles ou mauvais en soi. C'est notre attachement, notre passion (il s'agit bien, en grec, du mot pathé, qui va donner en français "pathos","pathologie"), qui est contre nature. Pour l'Enseigneur, il ne semble pas naturel de s'attacher ainsi à ce que, par notre connaissance, nous savons être passager et transitoire; il est naturel d'aimer les êtres et les choses pour ce qu'ils sont: "un peu de rosée au bord d'un seau", disait le prophète Isaïe, ce peu de rosée suffit à réfléter le soleil levant et à nous en réjouir, mais s'y attacher, vouloir faire durer ce qui par nature n'est pas fait pour durer relève, sinon de la démence, du moins de la plus élémentaire stupidité... ... L'Enseigneur ne prêche aucune croyance. Il rappelle des évidences, dures et belles à entendre; l'attachement, la passion sont contre nature et ajoutent le trouble de l'âme aux troubles du corps. ... Regarder une chose, un paysage, une personne, avec amour, sans attachement, sans volonté d'appropriation, c'est mieux les voir, c'est voir clair, c'est regarder clairement ce qui est, sans "vouloir l'avoir", et dans ce "laisser être ce qui est", l'apparition du Don peut se révéler à nous. Tout nous est donné, rien ne nous est dû. Nous ne sommes pas fait pour posséder, nous somme fait pour "être avec", ce qui n'est pas sans impliquer le sens de notre responsabilité à l'égard de toutes choses, sens de la responsabilité qui se développe généralement en deçà de notre sens de la propriété. Penser posséder un objet, une personne, notre propre corps, notre propre pensée et notre propre vie est, nous le savons,une illusion, et cette illusion est cause de trouble, d'insécurité fondamentale, qui mine nos plus grandes richesses, nos plus tendres amours, nos plus hautes pensées et nos plus religieuses vénérations... L'attachement, c'est ce qui nous empêche d'être en harmonie avec tout ce qui est, il établit un rapport de puissance et de dépendance qui est le contraire d'une véritable relation. Être en harmonie, c'est être en relation consciente et aimante avec ce qui est, sans vouloir ni désir particulier, qui introduirait une fixation sur une partie de cette totalité fluide qui nous entoure. L'harmonie suppose un rapport "musical" au monde, une mise en résonance, un accord. ... C'est aussi se poser la question: Comment s'harmoniser avec ce qui nous veut du mal, tente de nous détruire ou de nous rendre malade? Il ne s’agit pas évidemment de céder à l'ennemi, de se laisser faire. Il s'agit bien de l'affronter, dans toute sa violence, mais de ne pas en rajouter ni provoquer de nouveau cette violence. La prendre en soi pour la laisser passer, n'est ce pas là un art martial, qui parle de "s'harmoniser avec l'adversaire", d'éveiller en lui une conscience qui lui permettra de sortir du trouble dans lequel il se trouve sans que nous en soyons contaminés? ... Avant de vouloir s'harmoniser au monde et aux autres, sans doute faut-il être d'abord en harmonie avec soi-même."
Extrait de "L'évangile de Marie - Myriam de Magdala" de Jean-Yves LELOUP
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dimanche 1 juin 2014
Être en harmonie
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