vendredi 29 mars 2013

Accepter ce qui est (2)

Accepter ce qui est, c’est dire oui à la vie, a tout ce qui nous entoure, comme des expériences, pour découvrir la raison de notre présence au monde. Il faut dire oui à tout comme aimait le dire Christiane Singer.

Accepter c’est regarder les choses tels qu’elles sont sans les masquer ou les fuir. C’est en prendre conscience, de façon juste.

Mais concrètement cela veut dire quoi ?

Pour les belles choses de la vie, tout le monde les accepte, ce n’est pas là que se trouve le problème. Non, l’acceptation rentre en conflit avec nous même quand nous sommes confrontés à des difficultés, à des choses désagréables comme de parler à quelqu’un qu’on déteste ou des situations plus intolérantes comme la maladie, une difficulté financière ou une rupture amoureuse…

Alors oui là c’est difficile et on se rebelle contre ça. Pourquoi devrais-je accepter quelque chose qui me fait souffrir ? C’est du masochisme !

Accepter c’est rester présent à ce qui nous est difficile, c’est en prendre conscience plutôt que de l’ignorer.  Parce que bien souvent la souffrance vient de notre ignorance, d’un manque de « présence »  et que nous sommes responsables de nos souffrances.

Responsable de nos souffrances ?!?
Un exemple… Deux personnes vivant la même difficulté ne réagiront pas nécessairement de la même façon. Il se peut que l’une souffre plus que l’autre. N’est ce pas la preuve de notre responsabilité dans la perception de notre souffrance ?

Nous avons une part de responsabilité dans ce qui nous arrive. Il ne faut pas penser que nos problèmes viennent uniquement des autres. Penser cela  nous enferme dans la haine.

« Quelle est ma responsabilité dans la perte d’un emploi ? J’ai toujours fait mon travail du mieux que j’ai pu, ce n’est pas ma faute mais de mon patron si je suis licencié. » J’ai peut être fait mon travail du mieux que j’ai pu mais je n’ai peut être pas su changer, évoluer quand cela devenait nécessaire. J’ai donc ma part de responsabilité et je dois l’accepter.
« Ma femme ou mon mari me quitte alors que je l’aime. En quoi est ce que je suis responsable ? »  Je suis responsable de ma souffrance parce que je vivais dans un aveuglement, celui de croire que mon bonheur serait sans fin. Nous sommes sur terre et nous savons que tout à une fin. Ce n’est pas du pessimisme de penser ça mais une réalité et là encore je dois l’accepter. L’acceptation que ma relation amoureuse puisse un jour se terminer, doit justement nous inciter à l’apprécier davantage comme quelque chose de précieux et sacré.

Et concernant la maladie… Ne dit-on pas d’une maladie que c’est un maux qui n’a pas pu s’exprimer avec des mots ? Qu’ai-je donc tu en moi au point que le mal prenne forme ?

L’acceptation n’est donc pas du masochisme. C'est au contraire le premier pas que l'on fait vers soi même pour comprendre de façon juste ce qui arrive.

Ci-dessous un extrait du livre « Adhyatma Yoga » d’Arnaud DESJARDINS où il parle de l’acceptation :

Je vais parler de « l’acceptation de ce qui est » - thème commun au taoïsme, au bouddhisme, au christianisme.



Cette idée d’acceptation, on l’a retrouve dans tous les enseignements et elle est généralement mal comprise. Elle correspond à ce que l’on appelait autrefois soumission à la volonté de Dieu. Mais ce langage théologique, nous ne l’acceptons plus volontiers aujourd’hui et il se trouve que Swâmiji avait un langage aussi peu religieux que possible. Comme celui d’un maitre zen ou d’un maitre de vedanta, son langage était presque athée. Mais l’enseignement est le même. Le mot islam lui-même est un mot arabe qui signifie soumission et c’est le mot que Mohammed avait choisi pour désigner la religion qu’il révélait. En Inde vous entendriez bien souvent, en anglais, « complete surrender to God’s will », reddition complète à la volonté de Dieu. Mais qu’est-ce que cette volonté de Dieu ? Chacun va l’interpréter à sa façon. La volonté de Dieu, c’est ce qui se produit à chaque instant, c’est tout. Tout le reste est mental et mensonge. Voila la première vérité qu’il faut entendre, recevoir en pleine figure comme un « challenge », un défi à accepter ou à ne pas accepter. La « volonté de Dieu », c’est ce qui se passe à chaque instant.



Maintenant je vais répondre à un argument que le mental soulève tout de suite : « Mais alors, si j’accepte, le monde s’arrête. Si j’accepte que les malades soient malades, je ne soigne plus ; si j’accepte d’être chômeur je ne gagne plus un centime et je laisse mes enfants mourir de faim. » C’est un non-sens qui est une des armes les plus grossières mais les plus solides du mental. Notamment, en tant que mental collectif de la société occidentale moderne, c’est le mensonge avec lequel les occidentaux ont interprété toutes les civilisations des pays du tiers monde et les civilisations traditionnelles : « ils ne foutent rien, ce sont tous des paresseux, ils vivent dans la crasse, la maladie, assis par terre à contempler un brin d’herbe ou à regarder passer les nuages dans le ciel, c’est la résignation, le fatalisme. » Dieu sait si les Européens se sont dressés contre le monde musulman à propos du fameux : « C’était écrit et je me soumets à la volonté de Dieu. » J’ai vu de mes yeux, lors d’un dîner amical, à Kaboul, en Afghanistan, une infirmière du Service de Coopération technique qui a éclaté et qui a crié : « Je ne peux plus, je ne peux plus, je ne peux plus le supporter. » Elle ne pouvait plus supporter d’être dans un hôpital où, chaque fois que quelqu’un mourait, la famille disait seulement : « C’est la volonté de Dieu. » « Quand les mères voient mourir leur enfant », répétait en tremblant cette Française, « Tout ce qu’elles font c’est de dire : Dieu l’a donné, Dieu l’a repris ». Une certaine acceptation musulmane de la volonté de Dieu, qui en fait épargnait aux mères les émotions et les rendaient beaucoup plus disponibles pour s’occuper des enfants restés vivants, était insupportable à cette infirmière.



Quelle nuance faisons-nous entre accepter et tolérer ? Soyons bien précis : accepter c’est reconnaitre que ce qui est, est. Tolérer implique l’action et concerne non pas l’instant immédiat, mais le futur.  Par exemple – et je vais prendre un exemple vraiment simple pour que le mental ne réussis pas à créer encore une confusion : J’entre dans ma salle de bains, je m’aperçois que ma salle de bains est inondée parce que les robinets sont ouverts et la baignoire a débordé. Je sens déjà que le plafond de la dame du dessous doit être pourri et ensuite il me vient à l’esprit que je n’ai pas contracté d’assurance pour le dégât des eaux. Tout ça, ce sont des faits qui doivent être totalement, à 100%, acceptés. Pas ce qui devrait être, mais ce qui est. Par contre – et je continue avec mon exemple si simple – cela ne peut pas être toléré et, immédiatement, je ferme les robinets. L’acceptation ne consiste pas à laisser les robinets ouverts jusqu’à ce que toute l’eau qui dessert la ville de Paris ou de Lyon ait coulé dans ma propre salle de bains. Avec un exemple aussi simple vous êtes d’accord. Mais dès qu’on se trouve inséré dans l’existence, le mental crée de nouveau une confusion et l’on recommence à dire : « Je ne peux pas accepter, je ne peux pas accepter. »

2 commentaires:

  1. Rêveur

    En toute @mitié
    Maxime

    Poème de William Henley qui a accompagné Nelson Mandela dans ses années de prison.

    Dans les ténèbres qui m’enserrent,
    Noires comme un puits où l’on se noie,
    Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
    Pour mon âme invincible et fière,

    Dans de cruelles circonstances,
    Je n’ai ni gémi ni pleuré,
    Meurtri par cette existence,
    Je suis debout bien que blessé,

    En ce lieu de colère et de pleurs,
    Se profile l’ombre de la mort,
    Et je ne sais ce que me réserve le sort,
    Mais je suis et je resterai sans peur,

    Aussi étroit soit le chemin,
    Nombreux les châtiments infâmes,
    Je suis le maître de mon destin,
    Je suis le capitaine de mon âme.

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    Réponses
    1. Merci Maxime pour ce poème intéressant qui aide à garder le cap et ne pas se laisser envahir par la peur.
      En passant, Elise souhaiterait avoir des nouvelles de toi.

      ++

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