jeudi 31 juillet 2014

La loi du karma interdit la pitié

"Si la loi du karma n’est pas une punition mais la conséquence directe de nos actes créant d’une vie sur l’autre les conditions les plus favorables à notre évolution, dans quelle mesure avons-nous le droit d’intervenir pour aider les autres à échapper au poids de leur karma ?

Lorsqu’une personne très âgée porte deux valises et traverse la route encombrée, n’allons-nous pas l’aider ?
Toute la charité de l’évangile est là. Jésus n’est-il pas venu nous prêcher la charité et n’est-il pas mort pour nous racheter tous ?
C’est le simple bon sens ! Mais le bon sens chrétien.

Un dévot se montrait peu enclin à se préoccuper de l’horrible famine qui sévissait en Inde centrale. C’est que, disait-il, ce fléau était lié au karma des victimes : il n’avait donc pas à s’en mêler.

C’est qu’en effet, dans la logique du karma, personne, précisément, ne peut « racheter » personne. C’est nécessairement « chacun pour soi » !

Ce n’est certainement pas par hasard que les peuples de l’Inde, si profondément religieux, n’ont jamais produit de mouvements caritatifs puissants. C’est que les inégalités et même le malheur apparaissent, selon ce système, pour une large part comme dans l’ordre des choses. Vis-à-vis de ceux qui souffrent, l’hindouisme et le bouddhisme prescrivent surtout la compassion, car elle est bénéfique à celui qui compatit. Ils prescrivent aussi, il est vrai, le renoncement, qui suffirait à réduire, pour beaucoup, bien des malheurs. Mais là encore, c’est essentiellement la perfection personnelle qui est visée, non l’assistance aux autres. Ce n’est évidemment pas que les indiens aient moins de cœur que nous, en Occident. Mais c’est que toute leur vision du monde, de temps immémoriaux, conduit à un certain individualisme. On sait que la femme ou le mari que l’on aime seront inexorablement appelés, en d’autres vies, à partager d’autres amours. Toutes nos rencontres sont passagères. Il n’en restera même, pense l’Indien, aucun souvenir, ni en ce monde quand nous y reviendrons, ni même en l’autre pour l’éternité.

Pendant que certain, en Occident, se laissent peu à peu convaincre par cette doctrine, d’autres en Orient découvrent peu à peu les perspectives chrétiennes. Voici ce qu’en dit un de ceux que le père Maupilier appelle les « hindous chrétiens », parce qu’ils se veulent fidèles aux deux traditions à la fois :
« La libération n’est pas en notre propre pouvoir.  Aucun acte (karma), aucun exercice spirituel ne peuvent par eux même nous l’obtenir…
Quand Dieu est venu en forme d’homme ce n’était pas dans un but futile, mais pour apporter à l’homme la libération (mukti) des conséquences du karma. Dieu a fait tout ce qui était nécessaire pour délivrer l’homme des entraves du karma, et pour le réintégrer, le réunir avec Lui dans les liens de l’Amour… »"
 


Extrait de "Les morts nous parlent - Tome 1" du Père François Brune 

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