dimanche 6 février 2011

Lettre à F

Mardi 12 octobre 2009, le soir dans le salon/salle à manger/cuisine,

Belle F,

Envie de réagir à ton dernier mail, au plus vite…

Rêveuse est partie au cinéma: un cycle films asiatiques en ce moment… Ce qu'il y a de bien ici c'est qu'on a notre petit cinéma et la programmation est souvent intéressante. De plus c'est à 10 minutes à pieds de notre maison… Rêveuse ne conduit pas. Elle n'a pas le permis. Echoué plusieurs fois : elle a des crises d'angoisses quand elle conduit.

Mon fils est en haut dans sa chambre. Il lit avant de s'endormir. Dans le salon, il regarde la télé (DVD) plutôt le matin, quasiment jamais le soir même s'il n'a pas école le lendemain. La télé le soir c'est pour nous.

Enfin moi, qui suis seul. J'aime les moments de solitude. Je suis en générale une bonne compagnie pour moi-même. Seul avec moi donc et une envie de t'écrire.

Pas trop le moral dans ta dernière lettre… Et puis tu as aussi "lâché le morceau". Le secret que tu laissais entrevoir et qui mettait une distance entre nous.
Tu ne me choques pas du tout à te dévoiler comme tu le fais. J'adore que tu me dises tout, que tu te mettes toutes nues devant moi par écrit. Tu es belle toute nue et tu n'as pas à avoir honte. Cette relation par écrit n'a de sens que si toi et moi, on se raconte tel que l'on est. En tout cas c'est mon avis. Je veux pouvoir tout te dire. Après tu as le droit de réagir, de m'accepter ou pas. Si tu m'acceptes tel que je suis-je serais heureux sinon déception surement mais je serai quand même content de m'avoir exprimé.

 J'essaye d'imaginer ce que tu as vécu dans ce train. J'essaye de t'imaginer quand tu avais 18 ans et la proie que tu étais pour ces 4 jeunes. Tu étais surement belle, tendre, désirable et ces 4 nigauds n'ont pas réussi à contrôler leur monstre…

Je crois que l'on a tous notre monstre en nous. En tout cas mois je l'ai. Je pense que je comprends leur violence envers toi. Comprendre ne veut pas dire excuser, tolérer ou accepter. Je condamne cette violence mais je la comprends.  Je pense que cette violence se nourrit d'une certaine difficulté à être… frustré par la vie, par les autres…

Cette violence est aussi en moi. Je ne la cultive pas mais je lui laisse un peu de liberté des fois. Ma part d'ombre s'exprime à travers des mots couchés (ou plutôt crachés) sur le papier… plus pendant l'adolescence que maintenant. Des histoires de soumissions, obscènes, vicieuses, crades…
Elle s'exprime aussi par des actes. Ces actes n'ont jamais été dirigés vers d'autres mais vers moi. J'ai pu certaines fois, imaginer une violence vers quelqu'un  mais je l'ai toujours exprimée sur moi. Je me suis violé moi-même si on peut dire mais c'est sûrement sans aucune comparaison avec ce que tu as pu ressentir. Cette violence que j'avais contre moi était toujours plus ou moins sous contrôle… En gros, il m'est arrivé de me forcer à avaler mon sperme, mon urine et même une fois à gouter à quelque chose de pire… Je ressentais le besoin de le faire même si ça me dégoutait au début. Ca me dégoute beaucoup moins maintenant mais très franchement ce n'est pas une pratique que j'ai de façon régulière. Ca reste rare.

J'espère que je ne te fais pas peur en te disant tout ça. Si ça peut te rassurer je me sens normale. Je ne suis pas un mauvais garçon. Ma sexualité n'est pas perverse. Je ne la vois pas comme ça. Ma sexualité se veut sans tabou, oui.  Si ça peut aussi te rassurer, j'ai toujours autant de mal à avaler mon propre sperme. En aucun cas je ne veux imposer une pratique quelconque à quelqu'un.

Je reviens sur les monstres qui sommeillent en nous … Certaine personnes semblent coupées de cette part d'ombre. Les femmes, peut être davantage…
Quand j'étais adolescent, encore chez mes parents, je n'aimais pas entendre ma mère réagir face à des faits divers à la télévision. Son incompréhension, son étonnement m'agaçait.

Je me pose cette question: comment as tu vécu et comment vis tu encore cette mauvaise aventure. C'est sûrement traumatisant d'être à la merci d'un groupe. Quelles sont tes séquelles mis à part des difficultés à faire l'amour d'une façon "normal"? As-tu tendance à t'inférioriser, à te dévaloriser par le fait que tu n'as pas pu te faire respecter? Te sens-tu "minable" à cause de ça?

Une autre question peut être super naïve… pourquoi as-tu encore aujourd'hui du mal à confier ce viol? En as-tu encore honte? Honte de cette grande faiblesse face à ces hommes? C'est facile pour moi de dire ça car je n'ai pas ton traumatisme mais tu ne dois pas en avoir honte, cette honte marquée au fer rouge en toi doit s'apaiser maintenant. Tu dois te libérer de ce poids et continuer à en parler, peut être encore plus que ce que tu as fais jusqu'à présent. Ces idées négatives doivent s'exprimer, sortir. Tu les exprimes dans ta peinture ?

Je m'arrête là pour ce soir.

Je t'embrasse tendrement,
Rêveur


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